Opération : sauvetage – Une parabole sur la joie et la liberté de simplement être.

Notre thème « opération sauvetage » met en lumière la première étape du chemin spirituel : la connaissance de soi par un discernement libérateur.

Opération : sauvetage – Une parabole sur la joie et la liberté de simplement être.

 

Du haut de l’observatoire marin, j’aperçois l’horizon.

Le ciel et la mer semblent ne pas avoir de fin.

Au début du jour, on voit des mouettes planer au-dessus des falaises. Avec un regard attentif, par temps clair, le calme et la transparence de l’eau laissent deviner des profondeurs abyssales emplies d’êtres vivants, pour beaucoup encore inconnus.

Ma mission est la reconnaissance et le sauvetage. Après tout, comme les animaux marins que j’observe, je suis attentif à la mer infinie d’essence humaine qui se manifeste en moi.

Reconnaître exige une connaissance préalable. Secourir demande de l’amour et du courage. Par conséquent, reconnaître dépend d’une mémoire particulière et secourir exige un engagement dans une action constante. Chaque pas sur ce chemin de la connaissance de soi m’emmène plus haut et plus profondément dans cette essence. Comme le disait Hermès Trismégiste : « Ce qui est en haut et comme ce qui est en bas ». [1] J’utilise tout ce qui peut être utile. Je me donne totalement à cet art – l’Art sacré – le vrai sacrifice (des mots latins sacer « sacré, saint » et facio « faire, rendre », donc littéralement « rendre sacré »).

Je respire profondément, en essayant de tirer le meilleur parti de mes souvenirs d’autres missions. J’observe l’immense collection du musée de l’Observatoire. Chaque collection correspond à un vaste catalogue que d’autres observateurs m’ont légué. Cependant, il est nécessaire de vérifier une à une ces pièces de musée, de saisir de mes propres yeux chaque détail. C’est comme si je regardais cette bulle magnétique dans laquelle mon propre moi est immergé : ce petit monde empli de souvenirs, de pensées, de sentiments, d’actions et de réactions, les miens et ceux de tant d’autres.

Mais la connaissance n’est pas seulement le fruit de pensées, de théories, de lectures, de catalogues. J’observe que mon regard est sélectif. J’aime un spécimen plus qu’un autre, je ressens des émotions différentes à leur contact visuel. Je touche chacun d’eux, je perçois des couleurs et des tailles différentes. L’odeur de la mer m’apporte des souvenirs de saveurs. Certains me font revivre des sons naturels et je me souviens de différents êtres. Certains sont des prédateurs, d’autres de véritables travailleurs de la mer infinie. J’essaie de ne pas sélectionner des pensées et des sentiments comme « bon et mauvais », « bien et mal », « pécheur et pur ». L’idée du péché est une création humaine, pas divine ! Elle n’est qu’une pierre d’achoppement, un défaut passager. Le sens du mot en latin est exactement celui-ci : peccatum, de pecco et atum « trébucher, faire un faux pas, errer, pécher ». C’est un concept généré par la culpabilité et par des idées divisées en paires d’opposées.

Dans le musée, les spécimens sont tous statiques, sans vie – tout comme la théorie qui les concerne. Il fut un temps où je cherchais à cataloguer mes pensées, mes émotions et mes actions. J’ai réalisé que c’était un pur exercice de l’esprit. Un vocabulaire mort.

C’est pourquoi je commence souvent la journée en plongeant vers les animaux marins pour les connaître de plus près, pour observer leurs mouvements, leur vie quotidienne. Rien ne vaut l’observation sans analyse, sans culpabilité, sans peur et sans autre critère que la pure observation. Après tout, comme le dit Krishnamurti :

La plus haute forme d’intelligence humaine est la capacité d’observer sans juger. (…) La pensée et le sentiment véritables se situent au-dessus et au-delà des opposés, tandis que la pensée civilisée ou conditionnée est opprimée par eux. [2]

 

Je me prépare soigneusement, en pensant à la sécurité, mais aussi à la meilleure façon d’observer la vie en utilisant bien le temps en fonction de la quantité exacte d’oxygène que je porte. Tout ce qui existe dans mon petit monde reflète la vie qui s’y trouve. Mais je dois reconnaître mes limites afin d’agir en fonction de ma démarche.

Dans la solitude silencieuse de l’observatoire, le temps peut être une prison ou ouvrir de nouvelles dimensions. Je peux passer des heures à plonger ou à admirer la nature d’en haut. Mais je peux aussi me perdre dans les détails en lisant les catalogues du musée. Je me rends compte qu’il ne sert à rien d’essayer d’apprendre uniquement dans les livres et de tenter de contrôler le silence pour obtenir une meilleure auto-observation : le silence vient naturellement, il s’écoule sans réflexion.

Il faut faire attention à la routine : elle se répète et nous fait répéter nos réactions. Sans que nous le remarquions, nous devenons prisonniers de la beauté du ciel et de la mer, du soleil et de la lune, des êtres marins et des mouettes. Nous oublions que nous sommes là pour observer. Il arrive aussi qu’un observateur se laisse entraîner par la somme de connaissances du musée et passe presque tout son temps à l’intérieur, sans voir le ciel ou la mer, le soleil ou la lune. D’autres, fascinés par l’exercice de la plongée, s’épuisent presque à chercher les êtres abyssaux, leurs couleurs et leurs formes, leur beauté ou leur monstruosité. Il y a tant de distractions que le monde nous offre ! Laisser couler, ce n’est pas être condescendant ou se laisser distraire. C’est être attentif.

Chaque observateur a son propre style, ses propres récits, ses propres objectifs personnels. Mais l’observation est simplement ce qu’elle est – sans mots ni concepts. C’est une étape sur la voie de la reconnaissance et du sauvetage. Observer, c’est être présent dans l’ici et maintenant. En tant que groupe, nous observons plus en détail, avec plus de clarté d’âme.

Mais « reconnaissance » et « sauvetage » ont des significations différentes pour chacun. Ces mots ne décrivent pas bien notre mission.

 C’est ainsi que j’ai commencé à me « plonger dans l’observation ». Dans cette plongée, tout est nouveau ! Rien ne dépend de l’opinion, de la critique, de la peur ou de la culpabilité. Le but est de reconnaître et de sauver. Reconnaître chaque jour comme une opportunité. Sauvegarder nos forces afin de pouvoir agir au bon moment.

Souvent, la reconnaissance commence par le souvenir d’une connaissance antérieure, vue dans le catalogue du musée. Dans ce cas, j’observe une anguille et je pense : « c’est une anguille ». Mais est-ce que je sais ce qu’est une anguille au-delà du catalogue du musée ? Alors je « plonge dans l’observation » et m’identifie à cet être, à ses mouvements, à son habitat, à ses centres d’intérêt, à ses intentions. Je ne mets plus de nom sur cet être. Je me contente d’observer. Je n’éprouve ni charme ni répulsion. J’observe la vie qui se déplace dans l’ici et maintenant, qui s’écoule. La mémoire de la pensée n’est pas la même que la réminiscence spontanée qui surgit, créant des moments d’extrême lucidité.

Lorsque je suis en mission de sauvetage, je pars équipé d’instruments en fonction de ce que je dois faire : soigner et sauver. Les autres, les spécimens sains, je les laisse suivre leur chemin, jusqu’à ce que la vie leur indique leur destination. Les prédateurs ne m’attirent pas : ils ne représentent rien pour ma mission. Penser-sentir-agir peuvent être des actions maladives, mais aussi représenter une dynamique oubliée, connectée, harmonieuse : dans ce cas, le mouvement doit être sauvé.

J’ai appris de mes observations que prendre soin d’un être n’est pas l’emprisonner dans un aquarium : c’est lui ouvrir des possibilités de guérison à partir de ses propres forces. Dès que le processus est terminé, il se sent lui-même prêt à retrouver sa liberté dans la mer infinie : c’est ça le sauvetage ! Quand je le vois guéri, libre et heureux, quelle joie, quelle légèreté je ressens dans mon cœur ! La connaissance de soi qui naît de l’observation attentive et légère peut être un instrument de guérison et un sujet de grande plénitude.

Ainsi, lorsque la journée est terminée, je peux savourer les délices de la nature depuis le haut de l’observatoire. Là-haut, j’ai installé la lumière d’un ancien phare, qui éclaire les eaux jusqu’à la ligne d’horizon – pour moi et pour les autres navigateurs de passage. Lorsque l’observation est illuminée par la force du cœur qui aspire à d’autres dimensions de conscience, tous les efforts sont concentrés pour que cette lumière rayonnante se déverse dans toutes les directions pour toute l’humanité. Telle est la mission : opération sauvetage.

Et c’est de cet endroit, plongé dans mes observations, que je perçois en moi des êtres-pensées, des êtres-émotions et des êtres-réactions. Je les observe à chaque instant. Sans peur, sans critique, sans auto-flagellation, sans culpabilité. Avec amour, je les reconnais un par un. Pour certains, je les laisse suivre leur chemin jusqu’à ce que je sache à quoi ils servent. D’autres, je cesse de les nourrir, afin que leur nature divine les dissolve. Ceux qui sont plus sensibles, je les rassemble progressivement pour prendre soin de leur santé spirituelle à doses homéopathiques quotidiennes.

C’est ainsi que, sous la lumière du phare, ils sont préparés au sauvetage vers la Grande Mer de la Vraie Vie.

 

Références :

[1] Trismégiste, Hermès : Tabula Smaragadina, analyse par Rijckenborgh, Jan van, dans La gnose originelle égyptienne, tome I, p. 23, Rozekruis pers.

 

[2] Krishnamurti, Jiddu : La connaissance de soi, la pensée juste, le bonheur, la quiétude, pp. 49-50, dans : https://www.krishnamurti.org.br/index.php/correto-pensar-atencao-suspensao-pensar-quietude/ (en langue portugaise)

 

 

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Date: janvier 21, 2021
Auteur: Grupo de autores Logon

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