Quelque chose existe en toi – Bô Yin Râ

Quelque chose existe en toi – Bô Yin Râ

Il arrive parfois que ton regard tombe sur un livre qui éveille immédiatement ta curiosité. C’est ce qui m’est arrivé avec « Mondes » de Bô Yin Râ.

Sur la couverture je vois, éclatante et puissante, la lumière rayonnante d’un soleil invisible au-dessus d’une mer houleuse d’un bleu profond.

 

Primordial conception 
(1) Conception Primordiale 

À l’intérieur, des peintures pleines de couleurs, réalisées à l’huile. L’œuvre me touche. En fait, il s’agit d’une série d’images cosmiques, créées entre 1920 et 1922. Elles datent d’il y a longtemps, mais semblent intemporelles. De retour chez moi, je prends dans ma bibliothèque le petit livre intitulé «Le chemin vers Dieu et le domaine de l’Art » de Bô Yin Râ et je le feuillette.

Il est grand temps de remettre son œuvre à l’honneur. Dans « Le domaine de l’Art », Bô Yin Râ exprime sa vision de l’art.

Il écrit :

« Un véritable artiste crée par nécessité intérieure et parvient à des formes personnelles de représentations. On a trop longtemps pensé que l’art véritable était un savoir-faire. Après tout, l’art vient d’une aptitude. Oui, mais il s’agit d’une « capacité » qui jaillit de l’âme, d’une aptitude au développement créatif, et non d’un savoir-faire acquis. »

Et il poursuit :

« L’esprit éternel, qui jaillit de l’Être primordial, peut se révéler dans la création humaine. Car celui qui est appelé à être un véritable artiste est un bâtisseur de ponts reliant le domaine du monde perceptible par les sens aux rives du transcendant. »

 

Emanatie
(2) Émanation

La première œuvre de « Mondes » s’intitule « Émanation » (2): le jaillissement de l’Être primordial. Un soleil de feu primordial rayonnant, l’« être le plus intime » en action, d’où émergent les systèmes des mondes. À travers cette œuvre, Bô Yin Râ tente de rendre visible tout ce dont le vivant a été expulsé. Afin que nous n’oubliions pas, nous non plus, d’où nous venons. Car plus on s’éloigne de ce soleil primordial, de ce feu unique qui génère tout, plus les forces qui en découlent perdent la ressemblance avec son Être. À l’extrême périphérie, elles prennent même des formes contraires à l’Être.

Mais il écrit également :

« Souvenez-vous aussi que l’extérieur vient de l’intérieur et que tout ce qui s’y oppose montre encore les dernières traces de son origine dans la lumière primordiale ! »

 

In Principio Erat Verbum
(3) In Principio Erat Verbum

L’émanation primordiale et éternelle de l’amour infini s’exprime en une volonté éternelle de devenir. Bô Yin Râ a intitulé cette œuvre In Principio Erat Verbum (3), au Commencement était la Parole. À partir du Verbe, tout est ordonné selon sa propre mesure, selon son propre nombre. Le Verbe primordial se réalise lui-même à partir de son être le plus intime jusqu’à son accomplissement. Mais sa volonté créatrice en devenir n’a pas encore pris fin.

Time and Space
(4) Temps et Espace

Ce qui est un dans le domaine le plus intime de l’Esprit devient deux. Bô Yin Râ peint un atelier cosmique (4), où le temps et l’espace sont créés. Là où toutes les polarités surgissent et où les germes de mondes émergeants se révèlent. Un petit monde dans ce grand tout. C’est moi et c’est aussi toi.

Labyrint
(5) Labyrinthe

Mais nous errons dans un labyrinthe vieux de nombreux siècles (5). Le feu, l’essence de la vie, est enfoui sous les formes qui ont surgi. « Voici où tu te trouves maintenant », écrit Bô Yin Râ, « les chemins que l’homme spirituel déchu – « déchu » puisqu’il s’est détourné de sa patrie originelle pour faire l’expérience de lui-même jusqu’aux extrêmes de ses limites créatrices – doit voyager à travers ces mondes extérieurs afin de pouvoir se libérer de la folie de sa volonté et retrouver la force de retourner vers la Lumière de sa patrie éternelle. »

Le petit livre « Le chemin vers Dieu » s’inscrit dans ce retour. Sept des vingt tableaux de « Mondes » sont présentés dans cet article. Afin d’esquisser brièvement une image du chemin, voici quelques citations tirées du livret « Le chemin vers Dieu ». Dès la première page, Bô Yin Râ aborde toutes les images et tous les livres sacrés auxquels nous avons fini par croire comme s’il s’agissait de Dieu. Ce n’est pas la « foi ».  Bô Yin Râ appelle cela « une chimère que l’on se crée soi-même ».  La lumière du soleil, du feu primordial rayonne en chacun par elle-même.

Il est frappant de voir comment Bô Yin Râ trouve des mots pour placer le chemin de manière très directe à l’intérieur de soi-même.

Il vous demande donc ce que vous ressentez à l’intérieur lorsque vous lisez les mots suivants :

« Vous rencontrerez votre propre vie dans son éternelle plenitude. Vous vous verrez vous élever vers la Lumière grâce au pouvoir de la Lumière. Vous verrez que vous êtes uni à « Dieu » – le fondement de l’Être de tout ce qui est. »

Même si vous ne pouvez pas encore l’expliquer, ce tumulte intérieur que vous ressentez, il l’appelle la puissance de la foi véritable. Le chemin vers Dieu commence par ce « quelque chose » en vous. Cette croyance n’est justifiable que pour vous-même. Ici, il n’y a ni illusion, ni opinion, ni suspicion. Lorsque vous faites confiance à ce « quelque chose » en vous, cela vous fait croire en quelque chose au plus profond de vous-même.

Le mental aura certainement toutes sortes d’objections et tentera de vous empêcher d’entrer en accord avec ce « quelque chose » qui est en vous.

L’intellect s’avère être un bon outil pour pénétrer les choses terrestres, mais il échoue lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui est enraciné dans l’Esprit. Avec un certain humour, Bô Yin Râ met en évidence l’inutilité de la pensée mentale par la comparaison suivante : « Vous vous moquez d’un ouvrier qui veut fendre le fer à la hache et quand quelqu’un veut couper une vitre à la scie, vous trouvez cela insensé. Ce n’est que lorsque vous pourrez vous libérer de la pensée que vous trouverez en vous la force de la foi à l’œuvre. » Ce n’est qu’alors que vous surmonterez l’enfer dans lequel vous vivez.

Inferno
(6) Inferno

Dans son œuvre « Inferno » (6), on éprouve une nostalgie poignante dans les couleurs et les lignes, à peine une lueur de lumière entourée de ténèbres.

Mais grâce à cette aspiration, la lumière vous ramènera vers le haut. Selon Bô Yin Râ, il est inévitable que la force de la foi se transforme en une certitude intérieure. Vous « savez » que vous accomplirez ce que la foi vous promet. Savoir, dit Bô Yin Râ, ce n’est pas la compréhension d’un lien de causalité. C’est se sentir assuré qu’il n’y a plus aucun doute et que cela est établi en soi. Au plus profond de votre être, vous découvrirez la source de toute sagesse. « Vous obtiendrez un « savoir » que le monde extérieur ne peut vous donner. »

Et vous découvrez que sur le chemin qui mène à Dieu, vous recevez toute l’aide divine dès que vous la désirez vous-même. Vous prenez conscience que vous avez besoin de cette aide.

« Accorde-toi de plus en plus à cela »,

écrit Bô Yin Râ,

« pour écouter les sons provenant du monde de la pensée qui s’éveille. »

Et il vous conseille également d’être toujours attentif aux conseils en esprit des frères et sœurs humains plus anciens qui vous ont précédés. Certes l’aide existe, mais sans persévérance, détermination et vigilance de votre part, vous ne pourrez aller plus loin.

« Chaque jour questionne-toi sur ton « oui » et ton « non ». Tu dois te résoudre à vivre de telle sorte que tout ce que tu peux élever en toi vers la Lumière et la purification soit assuré de ton « oui », tandis que tout ce qui peut t’abaisser doit toujours se heurter à ton « non » avec une certitude absolue. Mais méfie-toi de la tendance à vouloir imposer tes propres « oui » et « non » aux autres. »

 

Zegepraal
(7) Victoire

En livrant le combat intérieur avec l’homme terrestre qui vit en vous, en faisant confiance et en vous appuyant sur l’aide supérieure et la puissance de l’Esprit, vous vaincrez. Bô Yin Râ dépeint cette victoire dans son œuvre « Victoire » (7). Des rayons de lumière semblent jaillir des gorges rocheuses et des vallées. « Tout ce que ton œil voit brille d’une lumière dorée, et chaque rayon te proclame la victoire. L’incarnation de l’Esprit est la « clé ». En tant que « fils de la Lumière », tu marches sur terre : un « racheté, un auto-libéré » et un « rédempteur » de tes frères humains – de ceux qui t’ont également accompagné sur le chemin du salut. »

Tu ne deviens pas « Dieu », mais la puissance de Dieu circule à travers toi.

La réalité du Dieu vivant s’écoule à travers le fondement le plus intime de la vie jusqu’à votre propre « moi ».

À la fin du petit livre « Le domaine de l’Art », plusieurs ouvrages de Bô Yin Râ sont présentés. À propos du « Livre sur le bonheur », j’ai lu :

« Ce livre montre comment trouver le bonheur au cœur même de la vie quotidienne.

Ici et maintenant, au moment même où vous lisez ces lignes, vous êtes au cœur de l’éternité, et ce que vous êtes incapable de créer pour vous-même aujourd’hui, aucun Dieu ne pourra vous l’offrir pour l’éternité…

Vous devez apprendre à voir que tout bonheur n’est que le résultat d’une aptitude que vous possédez en vous, et que vous ne pourrez jamais être heureux, ni maintenant ni dans aucune autre forme d’existence, si vous ne développez pas cette capacité. Ce n’est qu’en tant que personne créative que vous pouvez acquérir votre bonheur et le conserver pour toujours ! »

 

À propos de l’auteur :

Bô Yin Râ est le nom spirituel de l’écrivain et peintre Joseph Anton Schneiderfranken. Il est né en 1876 à Aschaffenburg, en Allemagne. Il est mort en 1943 à Lugano, en Suisse. Au cours de sa vie, Bô Yin Râ était conscient à la fois de la vie terrestre et de la vie éternelle. Son objectif était de mettre cette expérience et sa connaissance de ce qui est éternel à la disposition de ceux qui y sont ouverts.

L’œuvre principale de Bô Yin Râ se compose de trente-deux livres parus entre 1919 et 1936 qui portent le nom collectif de Hortus Conclusus (Jardin clos). Ces livres ont été traduits en plusieurs langues européennes et sont également publiés aux aux États-Unis. Sans construire d’école ni un nouveau « système de pensée ou de croyance », Bô Yin Râ montre, sous différents angles, la voie par laquelle l’homme peut retrouver la conscience de sa spiritualité impérissable.

Bibliographie :

[1] Bô Yin Râ, Werelden (Mondes), Aurora Productions 2004

[2] Bô Yin Râ, Het rijk van de kunst (Le domaine de l’art), Aurora Productions 2006

[3] Bô Yin Râ, De weg tot God (Le chemin vers Dieu), éditeur Servire, La Haye

[4] The Work by Bô Yin Râ

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Date: mai 8, 2026
Auteur: Ankie Hettema-Pieterse (Netherlands)

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