{"id":92640,"date":"2022-03-31T14:32:11","date_gmt":"2022-03-31T14:32:11","guid":{"rendered":"https:\/\/logon.media\/logon_article\/le-pouvoir-de-lacher-prise\/"},"modified":"2022-03-31T14:32:11","modified_gmt":"2022-03-31T14:32:11","slug":"le-pouvoir-de-lacher-prise","status":"publish","type":"logon_article","link":"https:\/\/logon.media\/fr\/logon_article\/le-pouvoir-de-lacher-prise\/","title":{"rendered":"Le pouvoir de l\u00e2cher prise"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Quand un oiseau est vivant, il mange des fourmis. Quand l\u2019oiseau est mort, les fourmis le mangent.<\/em><\/p>\n<p><em>Il suffit d\u2019un arbre pour faire un million d\u2019allumettes, et seulement d\u2019une allumette pour br\u00fbler un million d\u2019arbres.<\/em><\/p>\n<p><em>Vous pouvez \u00eatre puissant aujourd\u2019hui, mais n\u2019oubliez pas que le temps est plus puissant que vous.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Jean Mc Abby Bruny<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Magnanime lorsqu\u2019il est flatt\u00e9, pervers et cruel quand il est remis en question, le pouvoir est un animal dangereux. Tapi dans la p\u00e9nombre, il \u00e9pie tout mouvement concernant son champ d\u2019intervention, son territoire. Il surveille, se renseigne, recueille les d\u00e9lations ; analysant, scrutant les indices, jugeant, il r\u00e9plique dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, par tous les moyens dont il dispose, pour r\u00e9tablir <em>son<\/em> ordre et se maintenir en place \u00e0 tout prix. Implacable, injuste s\u2019il le faut, car sa survie est en jeu.<\/p>\n<p>Qu\u2019une forme de pouvoir concerne une nation, une entreprise, une association, un couple ; qu\u2019elle soit \u00e9tatique, religieuse ou occulte ; les m\u00e9canismes sont les m\u00eames. Ces m\u00e9canismes contraignants enferment un groupe d\u2019adultes dans une relation \u00ab parents-enfants \u00bb toxique, ali\u00e9nante, d\u00e9gradante pour les deux parties. Rien d\u2019authentique ne peut en \u00e9merger ; les comportements sont crisp\u00e9s, fig\u00e9s, convenus, d\u00e9nu\u00e9s d\u2019humour et de cr\u00e9ativit\u00e9, r\u00e9p\u00e9titifs.<\/p>\n<p>L\u2019information, c\u2019est le pouvoir. \u00ab Un homme averti en vaut deux \u00bb, dit le proverbe. Lorsque l\u2019information est diffus\u00e9e, librement distribu\u00e9e, le pouvoir est partag\u00e9 ; il se dilue et la tension d\u00e9l\u00e9t\u00e8re s\u2019apaise ; les relations redeviennent saines, fluides, simples, constructives ; les oppos\u00e9s se reconnaissent compl\u00e9mentaires : ils retrouvent leur noblesse. Quand au contraire l\u2019information est retenue, maintenue secr\u00e8te, le pouvoir est concentr\u00e9, ce qui est sa tendance naturelle ; son poison n\u2019en devient que plus efficace. Une division malsaine est alors sciemment entretenue entre \u00ab ceux qui savent \u00bb et \u00ab ceux qui savent moins \u00bb, au d\u00e9triment de tous ; deux \u00ab camps \u00bb in\u00e9gaux sont arbitrairement form\u00e9s dans le groupe infect\u00e9, emp\u00eachant la libre circulation des \u00e9nergies tant humaines que spirituelles. Et \u00ab ceux qui savent \u00bb le savent bien ; ils accumulent avantage sur avantage, faveur sur faveur, aux d\u00e9pens du bien commun, qui est pourtant aussi le leur\u2026 Le venin du pouvoir paralyse ; il d\u00e9forme et emprisonne, les corps comme les consciences.<\/p>\n<p>Le pouvoir temporel, le pouvoir de l\u2019ego, est issu de la peur, le pouvoir distille la peur, le pouvoir <em>est<\/em> la peur ; peur de le subir ou peur de le perdre.<\/p>\n<p>Ceux qui subissent l\u2019une ou l\u2019autre forme de pouvoir, d\u00e9sirent \u00e9videmment s\u2019en lib\u00e9rer, prendre en main leur vie, d\u00e9cider de leur destin, \u00eatre libres de penser, de parler et d\u2019agir \u00e0 leur guise. En y r\u00e9fl\u00e9chissant ensemble, ils en viennent rapidement \u00e0 conclure que la seule mani\u00e8re d\u2019atteindre cet objectif \u00e9mancipateur, de r\u00e9aliser ce d\u00e9sir, est d\u2019acc\u00e9der eux-m\u00eames au pouvoir afin d\u2019\u00eatre en capacit\u00e9 de r\u00e9gir la vie collective, d\u2019y imprimer leur propre marque, et de l\u2019organiser selon leurs crit\u00e8res, valeurs et int\u00e9r\u00eats. Dans les pays soi-disant d\u00e9mocratiques, ils cherchent \u00e0 se faire \u00e9lire aux plus hautes fonctions ; dans les pays totalitaires, ils fomentent insurrections et r\u00e9volutions afin de renverser le pouvoir dictatorial en place et prendre en main les commandes des institutions. Ce faisant, ils oublient que c\u2019est exactement ainsi qu\u2019ont op\u00e9r\u00e9 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ceux qu\u2019ils veulent remplacer. S\u2019ils r\u00e9ussissent, le pouvoir change de mains mais demeure intact, inchang\u00e9 dans ses structures clivantes. Le m\u00e9contentement et l\u2019oppression changent de camp, jusqu\u2019aux prochaines \u00e9lections, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Parfois, un r\u00e9gime d\u00e9mocratique se mue en dictature, et vice-versa. Mais la roue continue de tourner, broyant sur son passage les id\u00e9aux politiques, les \u00e9lans r\u00e9volutionnaires, les espoirs de lendemains qui chantent ; et r\u00e9v\u00e8le aussi au grand jour les int\u00e9r\u00eats et motifs inavou\u00e9s. Inexorablement, les lendemains d\u00e9chantent \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience des tensions, contradictions, divisions et conflits insolubles g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la conqu\u00eate du pouvoir, et les opinions et aspirations individuelles si diff\u00e9rentes, si divergentes. L\u2019exercice du pouvoir produit in\u00e9vitablement un enchev\u00eatrement inextricable de mensonges, de dissimulations, de compromis, de ruses et de tactiques, de manipulations, distorsions et contorsions qui usent et d\u00e9truisent l\u2019\u00e2me \u00e0 petit feu.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de fin \u00e0 ce man\u00e8ge ; il existe depuis la nuit des temps et perdurera jusqu\u2019\u00e0 leur extinction. La roue tourne, projetant l\u2019opprim\u00e9 d\u2019hier \u00e0 son sommet, renvoyant les t\u00eates couronn\u00e9es \u00e0 la terre d\u2019o\u00f9 elles sont issues. C\u2019est la fonction de la roue : cr\u00e9er de l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019exp\u00e9rience des contraires engendre la souffrance ; la souffrance provoque la r\u00e9flexion ; la r\u00e9flexion produit de la conscience ; la conscience se renforce et s\u2019approfondit : ainsi elle se lib\u00e8re progressivement de la forme, des ph\u00e9nom\u00e8nes, et s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus d\u2019eux.<\/p>\n<p>Le pouvoir temporel r\u00e9duit autant en esclavage ceux qui l\u2019ont ardemment d\u00e9sir\u00e9 et l\u2019exercent, que ceux qui le subissent. Le pouvoir sur autrui ne rend jamais libre ; il lie \u00e0 autrui. La course circulaire au pouvoir g\u00e9n\u00e8re une \u00e9nergie \u00e9lectromagn\u00e9tique, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00e9lectro-aimant. Tous ceux qui gravitent dans cette sph\u00e8re y sont litt\u00e9ralement scotch\u00e9s, comme une personne ayant empoign\u00e9 par m\u00e9garde un c\u00e2ble \u00e9lectrique sous tension ne peut plus s\u2019en d\u00e9tacher : elle fait un avec le courant qui parcourt d\u00e9sormais son corps. Le sceptre du pouvoir, ce hochet si addictif, tient fermement la main de ceux qui l\u2019empoignent fermement. La libert\u00e9 consiste \u00e0 l\u00e2cher le sceptre avec tout ce qu\u2019il repr\u00e9sente d\u2019avantages, de prestige et de m\u00e9moires. Alors, l\u2019\u00e9nergie emprisonnante qu\u2019il contient et transmet nous \u00ab l\u00e2che \u00bb \u00e9galement.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019espoir dans la recherche du pouvoir ; seulement de l\u2019id\u00e9alisme et de l\u2019avidit\u00e9 encore inconscients. Toute forme de pouvoir organis\u00e9 contient d\u00e8s son apparition le germe de sa chute, de sa destruction. L\u2019erreur n\u2019est pas conjoncturelle : s\u2019\u00eatre tromp\u00e9 de strat\u00e9gie, arriver au mauvais moment, affronter des adversaires plus puissants\u2026 L\u2019erreur est structurelle : elle consiste \u00e0 empoigner vigoureusement, avec l\u2019enjeu de tout notre \u00eatre, la roue qui va nous hisser \u00e0 son sommet, peu importe comment et dans quelle intention. Et elle nous hisse en effet, t\u00f4t ou tard, si nous nous y cramponnons avec pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n<p>Mais elle ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, au moment o\u00f9 la victoire est bruyamment f\u00eat\u00e9e, o\u00f9 l\u2019adversaire est terrass\u00e9. Elle continue de tourner ensuite, gr\u00e2ce d\u2019ailleurs \u00e0 toute l\u2019\u00e9nergie et l\u2019\u00e9lan que nous lui avons fournis pour qu\u2019elle nous hisse \u00e0 son sommet. Car d\u2019autres attendent et s\u2019efforcent, en tr\u00e9pignant d\u2019impatience, de faire eux aussi l\u2019exp\u00e9rience de cette drogue puissante, enivrante, que procure la victoire, la r\u00e9ussite, l\u2019\u00e9l\u00e9vation au-dessus d\u2019autrui, l\u2019accession au pouvoir absolu de d\u00e9cision sur la collectivit\u00e9, la lib\u00e9ration de la contrainte et de l\u2019oppression, de l\u2019obligation d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 des ordres, \u00e0 une loi qu\u2019ils n\u2019ont pas eux-m\u00eames \u00e9dict\u00e9e. Ils attendent \u00e9galement, sans le savoir encore, tout comme leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs avant eux, de faire l\u2019exp\u00e9rience de la chute, du renversement, de l\u2019inexorable redescente et du brisement de l\u2019exaltation tant convoit\u00e9e.<\/p>\n<p>En continuant de tourner, la roue du pouvoir pr\u00e9cipite sans m\u00e9nagement ceux qui s\u2019y sont cramponn\u00e9s, du sommet atteint par des efforts p\u00e9nibles et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s vers la d\u00e9gringolade et le retour \u00e0 la case d\u00e9part. La chute brise et blesse ; elle r\u00e9v\u00e8le et enseigne aussi. Dure exp\u00e9rience, \u00f4 combien initiatrice ! L\u2019impuissance inh\u00e9rente \u00e0 la condition humaine (poussi\u00e8re projet\u00e9e malgr\u00e9 elle dans l\u2019espace intersid\u00e9ral), mal comprise, mal assum\u00e9e, inaccept\u00e9e, m\u00e8ne \u00e0 la recherche du pouvoir. Le pouvoir, toutes formes confondues, conduit \u00e0 la prise de conscience de sa vanit\u00e9, de son impuissance. Cercle vicieux qui appelle une rupture consciente, un retrait cat\u00e9gorique.<\/p>\n<p>Le seul pouvoir lib\u00e9rateur est celui de l\u00e2cher prise, de faire silence en soi, d\u2019apaiser les tensions et exigences de l\u2019ego dans la reconnaissance sereine de leur vanit\u00e9, de leur nocivit\u00e9 ; de cesser consciemment le jeu morbide, destructeur et inutile qui consiste \u00e0 croire et esp\u00e9rer qu\u2019on va changer quoi que ce soit en reproduisant l\u2019erreur de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs : leur prendre le pouvoir comme ils l\u2019ont pris \u00e0 d\u2019autres avant eux, par la ruse, l\u2019opportunisme ou la force. Par ce retrait conscient, nous soustrayons ainsi, en d\u00e9clarant lucidement forfait, notre \u00e9nergie de la roue fatale qui la \u00ab pompait \u00bb ; affaiblissant au passage le magn\u00e9tisme de cette roue, son pouvoir d\u2019attraction. En retour, nous lib\u00e9rons cette \u00e9nergie r\u00e9appropri\u00e9e pour nous acheminer en toute conscience vers le centre immuable, le moyeu o\u00f9 tout est paisible, serein, o\u00f9 tout redevient possible : le c\u0153ur immobile d\u2019o\u00f9 tout mouvement harmonieux provient.<\/p>\n<p>Nous mourrons tous un jour, les mains vides ; c\u2019est la d\u00e9possession finale, totale, d\u00e9finitive. Qu\u2019aurons-nous b\u00e2ti d\u2019ici l\u00e0 ? Des ch\u00e2teaux de cartes \u00e0 prot\u00e9ger et consolider anxieusement jour apr\u00e8s jour, que nous abandonnerons in\u00e9luctablement aux vents, \u00e0 nos successeurs ou \u00e0 nos adversaires au moment de notre dernier souffle ? Ou bien une conscience solidement ancr\u00e9e dans le pr\u00e9sent, ayant trouv\u00e9 et d\u00e9gag\u00e9 en son propre for int\u00e9rieur la source de tout \u00e9quilibre et de tout bonheur, insensible aux images miroitantes de pseudo-r\u00e9ussites tournoyant sans fin dans le kal\u00e9idoscope \u00e9troit de l\u2019ambition personnelle ?<\/p>\n<p>La conscience m\u00fbrie observe la roue du pouvoir comme un visiteur contemple la gigantesque roue lumineuse d\u2019un parc d\u2019attraction. Elle sait comment on y prend place (il faut tout d\u2019abord \u00ab payer son ticket \u00bb), comment on s\u2019\u00e9l\u00e8ve ensuite, dominant tout et tous, et comment on redescend pour se retrouver au point de d\u00e9part. La conscience m\u00fbrie par l\u2019exp\u00e9rience de la roue si d\u00e9cevante et \u00e9puisante du pouvoir temporel, ne paie plus son ticket ; elle ne se laisse plus d\u00e9pouiller ; elle garde son or pour un autre voyage, un voyage vers l\u2019int\u00e9rieur, un voyage sans trac\u00e9 ni d\u00e9placement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":937,"featured_media":56066,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[],"category_":[110116],"tags_english_":[],"class_list":["post-92640","logon_article","type-logon_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category_-zeitgeist-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article\/92640","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/logon_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/937"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/56066"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92640"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92640"},{"taxonomy":"category_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category_?post=92640"},{"taxonomy":"tags_english_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags_english_?post=92640"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}