{"id":90563,"date":"2020-05-18T05:28:26","date_gmt":"2020-05-18T05:28:26","guid":{"rendered":"https:\/\/logon.media\/logon_article\/les-chevaliers-endormis-premiere-partie\/"},"modified":"2020-05-18T05:28:26","modified_gmt":"2020-05-18T05:28:26","slug":"les-chevaliers-endormis-premiere-partie","status":"publish","type":"logon_article","link":"https:\/\/logon.media\/fr\/logon_article\/les-chevaliers-endormis-premiere-partie\/","title":{"rendered":"Les chevaliers endormis \u2013 premi\u00e8re partie"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans son livre <em>Le h\u00e9ros aux mille et un visages<\/em>,[1] Joseph Campbell d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Ce qui est merveilleux, c&rsquo;est que l&rsquo;efficacit\u00e9 caract\u00e9ristique pour toucher et inspirer les centres cr\u00e9atifs profonds r\u00e9side dans le plus insignifiant conte de f\u00e9es de l&rsquo;enfance &#8211; comme la saveur de l&rsquo;oc\u00e9an est contenue dans une gouttelette ou tout le myst\u00e8re de la vie dans l&rsquo;\u0153uf d&rsquo;une puce\u00a0\u00bb. Selon lui, les mythes et les histoires populaires recueillis aux quatre coins de la plan\u00e8te constituent un r\u00e9cit riche et multicolore sur le but sublime de la vie humaine et le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 sa r\u00e9alisation.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des l\u00e9gendes polonaises les plus connues, qui raconte l&rsquo;histoire de chevaliers endormis dans une grotte pr\u00e8s de Giewont,[2] s&rsquo;inscrit dans la tradition mondiale des h\u00e9ros qui demeurent dans le monde des r\u00eaves et qui, le moment venu, se r\u00e9veillent afin de lutter pour la libert\u00e9. L&rsquo;histoire des chevaliers endormis dans les Tatras est g\u00e9n\u00e9ralement interpr\u00e9t\u00e9e dans un contexte patriotique et ind\u00e9pendantiste, mais son message est bien plus profond et plus primordial. Pour le d\u00e9montrer, nous allons d&rsquo;abord narrer cette l\u00e9gende.<\/p>\n<p><em>Le h\u00e9ros de l&rsquo;histoire est un berger nomm\u00e9 Johnny, qui vit dans un village de montagne au pied des monts Tatra. Un jour, le voisin de Johnny, un vieux montagnard, lui rendit visite et lui raconta l&rsquo;histoire d&rsquo;un tr\u00e9sor cach\u00e9 dans une grotte pr\u00e8s de Giewont. Intrigu\u00e9, le gar\u00e7on se rendit dans les montagnes pour trouver la grotte. Quand il fut fatigu\u00e9 d&rsquo;errer, il s&rsquo;assit sur une pierre et entendit des chevaux hennir. Cela le surprit car \u00e0 cette altitude, il \u00e9tait tr\u00e8s rare de rencontrer des chevaux. Au bout d&rsquo;un moment, il se rendit compte que les sons venaient du sous-sol. Il regarda autour de lui et vit une petite ouverture entre les rochers. Il fit rouler la pierre qui bloquait l&rsquo;entr\u00e9e, glissa vers le bas, marcha dans l&rsquo;obscurit\u00e9 pendant un moment, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il arrive dans une grotte immense dans laquelle br\u00fblait un grand feu. Au pied des parois de la grotte se tenaient de magnifiques chevaux et parmi eux dormait un chevalier en armure brillante. Johnny prit peur et se mit \u00e0 courir. Mais en s&rsquo;\u00e9chappant, il heurta accidentellement une pierre et r\u00e9veilla le chevalier qui lui posa cette question :<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Est-ce l&rsquo;heure ?<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Non, monsieur, pas encore &#8211; r\u00e9pondit Johnny.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; C&rsquo;est tr\u00e8s bien &#8211; dit le chevalier en montrant du doigt la grotte voisine.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Regarde, mon gar\u00e7on, nous dormons ici. Nous sommes les chevaliers de Sa Majest\u00e9. Quand le moment sera venu, nous nous l\u00e8verons pour d\u00e9fendre nos montagnes et nos terres. Mais ne r\u00e9veille pas encore mes fr\u00e8res. Ils se l\u00e8veront quand il le faudra.<\/em><\/p>\n<p><em>En disant cela, le chevalier s&rsquo;approcha du feu, sortit une b\u00fbche enflamm\u00e9e et la donna au gar\u00e7on pour qu&rsquo;elle \u00e9claire sa remont\u00e9e. De retour chez lui, Johnny raconta son aventure aux villageois, qui voulurent aussi voir les chevaliers. Lors de l\u2019exp\u00e9dition suivante, le gar\u00e7on ne trouva pas l&rsquo;entr\u00e9e de la grotte. De m\u00eame, Il n\u2019entendit plus le hennissement des chevaux.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Le temps n&rsquo;est pas encore venu \u2013 dit-il aux villageois ; et ils le crurent. Un vieux montagnard dit au gar\u00e7on :<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Je ne pensais pas que tu trouverais le tr\u00e9sor dont je t&rsquo;ai parl\u00e9. Sais-tu ce qu&rsquo;est ce tr\u00e9sor ?<\/em><\/p>\n<p><em>Johnny hocha la t\u00eate.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; C&rsquo;est la libert\u00e9, mon gar\u00e7on &#8211; le montagnard sourit -, c&rsquo;est le plus pr\u00e9cieux des tr\u00e9sors. Pas seulement ici, dans les montagnes, mais dans le monde entier. Et les chevaliers endormis de Tatra le garderont toujours.<\/em><\/p>\n<p>Cette l\u00e9gende a inspir\u00e9 une c\u00e9l\u00e8bre auteure polonaise, Maria Konopnicka (1842-1919), qui en a tir\u00e9 un po\u00e8me : <em>L\u00e0-bas, dans mon pays, dans un pays lointain<\/em>[3]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u00e0-bas, dans mon pays, dans un pays lointain,<\/p>\n<p>Cent \u00e9toiles obscurcies brillent dans une couronne,<\/p>\n<p>Cent \u00e9toiles \u00e9teintes se dressent au-dessus du champ,<\/p>\n<p>Comme cent chevaliers rev\u00eatus d&rsquo;une armure de fer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, dans mon pays, dans une terre lointaine,<\/p>\n<p>Cent c\u0153urs br\u00fblent de nostalgie,<\/p>\n<p>Cent c\u0153urs battent dans les poitrines,<\/p>\n<p>Comme un fant\u00f4me sous les plaques de fer des armures.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, dans mon pays, dans une contr\u00e9e lointaine,<\/p>\n<p>Cent vents galopent \u00e0 travers les terres en friche,<\/p>\n<p>Cent vents tonnent sur les pistes de la steppe,<\/p>\n<p>Comme les sabots dor\u00e9s de cent chevaux battant le sol.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et quand cent jours, cent nuits passeront,<\/p>\n<p>Les c\u0153urs pleins de puissance, les chevaliers se l\u00e8veront,<\/p>\n<p>Les chevaliers se l\u00e8veront, ils monteront les chevaux,<\/p>\n<p>Et rallumeront les \u00e9toiles de la couronne d&rsquo;or.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le symbolisme contenu tant dans la l\u00e9gende que dans le po\u00e8me renvoie aux motifs arch\u00e9typaux du chemin spirituel lib\u00e9rateur, dans lequel chaque personne s&rsquo;engage lorsque \u00ab\u00a0le juste moment arrive\u00a0\u00bb. Ce chemin a toujours \u00e9t\u00e9 compar\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ascension d&rsquo;une haute montagne. Son but \u00e9tait et reste l&rsquo;ascension, les hauteurs spirituelles, la libert\u00e9 et la souverainet\u00e9, la lib\u00e9ration des cha\u00eenes du monde mat\u00e9riel, du cercle vicieux de la naissance et de la mort.<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie de cet article, nous tenterons de montrer comment cette vieille parabole folklorique slave et le po\u00e8me \u00e9crit par Maria Konopnicka co\u00efncident avec le chemin de la transformation alchimique et le message biblique, lu \u00e0 travers le prisme du christianisme int\u00e9rieur (de la gnose).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(<a href=\"https:\/\/www.logon.media\/fr\/les-chevaliers-endormis-seconde-partie\">Vers la seconde partie<\/a>)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences :<\/strong><\/p>\n<p>[1] Joseph Campbell, <em>Le h\u00e9ros aux mille et un visages<\/em>, J\u2019ai lu, 2013.<\/p>\n<p>[2] Giewont est un massif montagneux dans les Tatras polonaises. Il culmine \u00e0 1895 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. Le profil de la montagne, vu du nord, ressemble \u00e0 un chevalier couch\u00e9.<\/p>\n<p>[3] Traduit par Przemys\u0142aw Musia\u0142owski, <a href=\"https:\/\/www.poemhunter.com\/poem\/there-in-my-country-in-a-faraway-land\/\">https:\/\/www.poemhunter.com\/poem\/there-in-my-country-in-a-faraway-land\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":917,"featured_media":8825,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[],"category_":[110077],"tags_english_":[],"class_list":["post-90563","logon_article","type-logon_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category_-livingpast-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article\/90563","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/logon_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/917"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8825"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90563"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90563"},{"taxonomy":"category_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category_?post=90563"},{"taxonomy":"tags_english_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags_english_?post=90563"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}