{"id":88451,"date":"2017-10-09T14:23:36","date_gmt":"2017-10-09T14:23:36","guid":{"rendered":"https:\/\/logon.media\/logon_article\/nachiketa-et-lart-de-mourir\/"},"modified":"2017-10-09T14:23:36","modified_gmt":"2017-10-09T14:23:36","slug":"nachiketa-et-lart-de-mourir","status":"publish","type":"logon_article","link":"https:\/\/logon.media\/fr\/logon_article\/nachiketa-et-lart-de-mourir\/","title":{"rendered":"Nachiketa et l\u2019art de mourir"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque nous sommes confront\u00e9s au myst\u00e8re de la mort, notre existence nous apparait tout \u00e0 coup irr\u00e9elle. Car peut-on appeler r\u00e9el quelque chose qui change continuellement ? Il est vrai que nous \u00e9prouvons notre propre vie comme une r\u00e9alit\u00e9 mais cette exp\u00e9rience, nous la faisons dans une existence relative o\u00f9 la peur de la mort est souvent justifi\u00e9e, la peur que p\u00e9risse tout le connu de cette existence relative. Vue d\u2019une perspective plus profonde \u2013 celle de notre \u00eatre essentiel non-relatif \u2013 notre existence relative est une illusion ; mais alors quel rapport existe-t-il entre les deux ? La mort serait-elle ici la ligne de d\u00e9marcation ?<\/p>\n<p>Herm\u00e8s \u00e9nonce : \u00ab Rien de ce qui a \u00e9t\u00e9 dans le monde ne p\u00e9rit jamais, rien de ce qui est ou sera dans le monde ne peut \u00eatre an\u00e9anti. Le P\u00e8re a voulu que le Monde soit vivant aussi longtemps qu\u2019il existe : c\u2019est pourquoi le Monde est Dieu, n\u00e9cessairement. \u00bb<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 partir de ce point de vue herm\u00e9tique, que veut alors dire \u00ab mourir \u00bb ? Le spiritualiste hollandais Jan van Rijckenborgh \u00e9crit : \u00ab Tout est vie, un oc\u00e9an vivant d\u2019atomes. Donc tout corps est vie. Et chaque vie, de ce fait, poss\u00e8de une conscience. Et chaque conscience poss\u00e8de bien s\u00fbr une force divine immense. Car l\u2019atome est vie. Et la vie ne s\u2019explique que depuis la Source primordiale. Etant donn\u00e9 que notre \u00e9tat corporel, l\u2019\u00e9tat de notre personnalit\u00e9 est un assemblage d\u2019atomes, l\u2019essence fondamentale de notre \u00eatre est donc Dieu. Dieu manifest\u00e9 dans la chair. \u00bb<\/p>\n<p>La d\u00e9finition de mort clinique fut formul\u00e9e en 1864 par Bouchot comme suit : \u00ab On est mort quand le coeur ne bat plus \u00bb. Aujourd\u2019hui l\u2019on consid\u00e8re que pour qu\u2019il soit question de mort, la circulation du sang doit aussi \u00eatre arr\u00eat\u00e9e depuis cinq minutes environ. Mais en raison de toutes les techniques nouvelles les m\u00e9decins ne savent plus vraiment avec pr\u00e9cision \u00e0 quel moment la mort est d\u00e9finitive. Certains pensent qu\u2019on est d\u00e9j\u00e0 mort lorsqu\u2019on perd notre personnalit\u00e9 et qu\u2019on n\u2019a plus de pens\u00e9es conscientes. Lorsqu\u2019on a perdu connaissance par exemple, on peut encore mesurer notre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Mais que devons-nous alors penser lorsque le coeur continue \u00e0 battre de fa\u00e7on autonome, alors qu\u2019il n\u2019y a plus de respiration et qu\u2019une mort Clinique totale a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e &#8211; donc aussi celle du tronc c\u00e9r\u00e9bral ? La personne se trouve dans un \u00e9tat de coma d\u00e9pass\u00e9 et pourtant il peut arriver que son syst\u00e8me vive plus d\u2019une semaine ou bien davantage. Cela est encore plus vrai en ce qui concerne nos g\u00e8nes dont nombre d\u2019entre eux continuent \u00e0 vivre quelque temps encore ou bien sont \u00e0 nouveau vivifi\u00e9s. Donc, d\u2019un point de vue biologique, on ne peut affirmer qu\u2019il y ait un seul moment de \u00ab mort \u00bb ; on parlerait plut\u00f4t d\u2019une quantit\u00e9 de courts instants de mort.<\/p>\n<p>Autrement dit, on meurt petit \u00e0 petit. Et la d\u00e9termination d\u2019un moment pr\u00e9cis de d\u00e9c\u00e8s est donc d\u00e9pendante d\u2019une conviction philosophique ou religieuse. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un \u00e9v\u00e8nement instantan\u00e9 mais d\u2019un processus. C\u2019est pourquoi se pose actuellement l\u2019une des plus grandes questions au sujet du juste moment pour l\u2019\u00e9viction d\u2019un organe en vue d\u2019une transplantation. Ne devrions-nous pas administrer au tr\u00e9pass\u00e9 un analg\u00e9sique ou pratiquer une anesth\u00e9sie pour ces op\u00e9rations-l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, l\u2019id\u00e9e que plusieurs instants de mort se produisent ne peut sembler insolite \u00e0 une personne orient\u00e9e sur l\u2019aspect \u00e9sot\u00e9rique ou spirituel de l\u2019existence car elle n\u2019ignore pas que nos corps &#8211; mat\u00e9riel, \u00e9th\u00e9rique, astral et mental &#8211; se constituent \u00e0 des moments diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Cependant, la perspective selon laquelle J. van Rijckenborgh regarde ces choses est encore plus large. Dans son ouvrage <em>La Gnose Originelle Egyptienne<\/em>, il dit : \u00ab L\u2019homme dont parlent l\u2019enseignement universel et la langue sacr\u00e9e, est d\u2019un tout autre genre que celui de la forme corporelle, qui abusivement est prise pour l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral. Nous sommes des \u00eatres doubles. En nous, l\u2019homme v\u00e9ritable aspire \u00e0 la d\u00e9livrance, l\u2019homme vrai, prisonnier dans et par sa forme naturelle. Si vous pouvez vous le rappeler tous les jours, vous vous rendrez un grand service ! L\u2019homme v\u00e9ritable, prisonnier de la forme naturelle, est Vie et Lumi\u00e8re. Il est Dieu. \u00bb Et les Upanishad t\u00e9moignent \u00e9galement d\u2019une perspective particuli\u00e8re quand elles disent : \u00ab Les sens sont tourn\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. C\u2019est pourquoi l\u2019homme regarde vers l\u2019ext\u00e9rieur et pas vers le Soi Int\u00e9rieur. Seuls quelques sages tourn\u00e8rent la t\u00eate vers le Soi Int\u00e9rieur, avec le regard orient\u00e9 vers l\u2019int\u00e9rieur. Souhaitant l\u2019immortalit\u00e9, ils se d\u00e9tourn\u00e8rent de la perception sensorielle. \u00bb<\/p>\n<p>Dans l\u2019enseignement de la lib\u00e9ration il nous est sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019il est possible de mourir \u00e0 l\u2019existence relative illusoire durant notre vie, donc sans attendre pour cela que le corps soit mort. Pour cette raison, l\u2019id\u00e9e d\u2019orienter notre attention sur l\u2019\u00eatre essentiel nous est \u00e9galement enseign\u00e9e ainsi que la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre conscience que dans notre existence relative, ce n\u2019est pas nous qui sommes \u00e0 l\u2019origine du mouvement des choses et des \u00e9v\u00e8nements. La Force qui nous pousse \u00e0 nous orienter sur notre \u00eatre essentiel provient justement de cet \u00eatre essentiel m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nachiketa<\/strong><\/p>\n<p>Dans les Upanishad figure aussi l\u2019histoire de Nachiketa, qui fut saisi par le myst\u00e8re de la mort, \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge d\u00e9j\u00e0 : \u00ab Qui suis-je ? O\u00f9 cette vie va-t-elle me mener ? Est-ce que tout est p\u00e9rissable ou bien a-t-il en moi quelque chose qui continuera \u00e0 vivre ? \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019histoire nous dit que le p\u00e8re de Nachiketa apportait des offrandes aux dieux parce qu\u2019il \u00ab aspirait \u00e0 une r\u00e9compense c\u00e9leste\u00bb. Mais il offrait surtout de vieilles vaches qui ne pouvaient plus ni manger, ni boire, ni accoucher d\u2019un veau ou donner du lait. Et Nachiketa \u00e9tait tr\u00e8s triste \u00e0 cause de la mesquinerie de ces dons. Si bien qu\u2019il demanda un jour \u00e0 son p\u00e8re : \u00ab Quelle est l\u2019utilit\u00e9 de ceci ? \u00bb Son p\u00e8re fut irrit\u00e9 par cette question critique de son fils et il s\u2019\u00e9cria : \u00ab Comment oses-tu demander une telle chose ? \u00bb<\/p>\n<p>Alors Nachiketa lui posa la question suivante : \u00ab P\u00e8re, \u00e0 qui voudrais-tu m\u2019offrir ? \u00bb Et il r\u00e9p\u00e9ta encore deux fois cette m\u00eame question. Apr\u00e8s qu\u2019il eut \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 trois fois, son p\u00e8re lui r\u00e9pondit en col\u00e8re: \u00ab Toi, je te donne \u00e0 Yama, le Dieu de la mort. \u00bb C\u2019est ainsi que Nachiketa partit vers la maison de Yama, le seigneur de la mort.<\/p>\n<p>Si nous partons de l\u2019id\u00e9e que toute cette histoire se joue en nous-m\u00eame, alors nous pouvons voir le p\u00e8re comme l\u2019homme traditionnel en soi qui prend en compte les formes ext\u00e9rieures, mais qui a perdu le contact avec la source de l\u2019inspiration spirituelle. Cet homme ext\u00e9rieur n\u2019a que de \u00ab vieilles vaches \u00bb \u00e0 offrir, desquelles la Vie a disparu. Dans son \u00e9tat sensoriel conditionn\u00e9, obscurci par la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 des choses de l\u2019espace-temps, il ne peut percevoir l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le nom Nachiketa signifie : \u00ab non per\u00e7u \u00bb. Il est le symbole de l\u2019int\u00e9rieur, de l\u2019homme spirituel. Lorsque l\u2019homme entend la question de l\u2019int\u00e9rieur non per\u00e7u, c\u2019est-\u00e0-dire quand il r\u00e9agit \u00e0 l\u2019impulsion triple, alors ceci est comme la naissance d\u2019un fils int\u00e9rieur par lequel la connaissance de la vie et de la mort devient visible.<\/p>\n<p>L\u2019histoire d\u00e9crit comment le fils finit par arriver \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du domicile de Yama, le Dieu de la Mort ; celui-ci \u00e9tait absent \u00e0 ce moment-l\u00e0 et c\u2019est ainsi qu\u2019il d\u00fbt attendre, comme invit\u00e9, trois jours durant, sans manger ni boire. Lorsque Yama finalement rentra chez lui, il l\u2019appela alors, connaissant sa faute.<\/p>\n<p>\u00ab \u00d4 Brahman, parce que vous avez s\u00e9journ\u00e9, en qualit\u00e9 d\u2019invit\u00e9 d\u2019honneur, dans ma maison pendant trois nuits, sans avoir mang\u00e9, vous avez le droit de faire trois souhaits. \u00bb<\/p>\n<p>Car Nachiketa s\u2019\u00e9tait abstenu trois nuits durant de ses anciens conditionnements, comme J\u00e9sus dans la tentation du d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9ceptivit\u00e9 de Nachiketa, les trois impulsions deviennent : id\u00e9ation, m\u00e9ditation et r\u00e9alisation. Nous voyons comment Yama n\u2019a aucun mal \u00e0 satisfaire le premier souhait de Nachiketa. Son premier d\u00e9sir fut que son p\u00e8re enfin calm\u00e9 le salu\u00e2t joyeusement \u00e0 son retour : le vieil homme est alors touch\u00e9 en dehors de la conscience de l\u2019\u00e9go et il s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019impulsion int\u00e9rieure, il reconnait l\u2019int\u00e9rieur. Aussi le deuxi\u00e8me souhait est-il qu\u2019il montre \u00e0 Nachiketa le chemin vers le ciel et la mani\u00e8re d\u2019allumer le feu sacr\u00e9, ceci Yama pouvait l\u2019exaucer sans h\u00e9siter : c\u2019\u00e9tait un chemin de d\u00e9votion et de d\u00e9vouement, par lequel la vieillesse et la mort pouvaient \u00eatre vaincues.<\/p>\n<p>C\u2019est la liaison consciente avec la lumi\u00e8re fondamentale de l\u2019\u00eatre. \u00ab C\u2019est ce que je suis vraiment \u00bb comprenait-il \u00e0 chaque moment de sa vie. Cette prise de conscience illuminatrice n\u2019est toutefois pas suffisante pour passer d\u00e9finitivement la fronti\u00e8re. C\u2019est pourquoi Nachiketa posa sa troisi\u00e8me question: \u00ab Lorsqu\u2019un \u00eatre humain visible meurt, une grande incertitude plane \u00e0 ce sujet dans la mentalit\u00e9 des gens : certains disent qu\u2019il vit encore ; d\u2019autres, qu\u2019il a cess\u00e9 de vivre. Dis-moi : Qu\u2019y a-t-il apr\u00e8s la mort ? Cela, je voudrais bien le savoir. C\u2019est mon troisi\u00e8me souhait ! \u00bb<\/p>\n<p>En fait Nachiketa pose ici la question impossible : il demande maintenant si, apr\u00e8s la mort de l\u2019homme, quelque chose d\u2019\u00e9ternel subsiste ou si l\u2019homme n\u2019\u00e9tant qu\u2019une apparition provisoire, rien de lui ne survit ! Sa demande concerne son \u00eatre r\u00e9el qui est au-del\u00e0 de la vie et de la mort, du temps et de l\u2019espace et donc en-dehors des possibilit\u00e9s de Yama. C\u2019est pourquoi, en r\u00e9ponse \u00e0 sa troisi\u00e8me question Yama le supplie en disant : \u00ab M\u00eame les Dieux d\u2019autrefois avaient des doutes l\u00e0-dessus, car vraiment ce n\u2019est pas facile \u00e0 comprendre, mais au contraire tr\u00e8s obscur. Choisis une autre question, \u00d4 Nachiketa, une autre ! Et n\u2019insiste pas ! Epargne-moi celle-ci ! \u00bb<\/p>\n<p>La situation pr\u00e9caire est sous la menace d\u2019\u00eatre d\u00e9finitivement abandonn\u00e9e ; les r\u00f4les de la vie et de la mort sont \u00e0 pr\u00e9sent parfaitement visibles. Et Yama lui offre maintenant tous les bonheurs et les jouissances terrestres, toutes les richesses et autant d\u2019ann\u00e9es sur terre qu\u2019il pourrait souhaiter, pourvu qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette question :<\/p>\n<p>\u00ab Choisis de devenir centenaire, d\u2019avoir des fils et des petits-fils, beaucoup de b\u00e9tail et d\u2019\u00e9l\u00e9phants, de l\u2019or et des chevaux. Choisis des exploitations agricoles et pour vous, autant d\u2019automnes que vous puissiez d\u00e9sirer. Choisis l\u2019abondance et une longue vie. Sois grand sur terre, Nachiketa. Je te fais jouisseur de toutes tes convoitises. Ce qui est difficile \u00e0 recevoir dans ce monde, demande-le moi en toute tranquillit\u00e9. Vois ici sur des chars avec des luths, de belles nymphes comme aucun mortel ne pourrait en souhaiter. Celles-ci, donn\u00e9es en cadeau par moi, laisse-les te servir. Mais Nachiketa, ne me demande rien sur la mort. \u00bb<\/p>\n<p>Rien, mais alors rien ne pouvait dissuader Nachiketa de poser sa profonde question car elle surpassait toutes les choses apparentes ; il r\u00e9pondit : \u00ab\u00a0R\u00e9v\u00e9lez-moi le myst\u00e8re de l\u2019immortalit\u00e9 ! Car tout ce que vous proposez, \u00f4 Yama, sont des jouissances qui demain n\u2019existeront plus. Elles privent les organes des sens de leur intelligence. Notre vie enti\u00e8re est bien courte. Vous pouvez garder vos chars, vos danses et vos chants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Poss\u00e9der seulement n\u2019est pas suffisant pour un humain. D\u00e8s qu\u2019on vous a vu, on ne poss\u00e8de plus rien. Nous vivons aussi longtemps que vous le permettez. Le souhait que je voudrais voir r\u00e9alis\u00e9 reste le m\u00eame. Ce d\u00e9sir, \u00ab ce profond d\u00e9sir cach\u00e9 \u00bb et nul autre, demeure le choix de Nachiketa.<\/p>\n<p>Lorsque Nachiketa eut exprim\u00e9 son souhait par trois fois, le seigneur de la mort dut abdiquer. Il admirait le d\u00e9vouement r\u00e9solu de ce gar\u00e7on singulier \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Toutefois il voulut d\u2019abord s\u2019assurer qu\u2019il \u00e9tait vraiment de bonne foi et que cela ne provenait pas d\u2019une le\u00e7on apprise ou d\u2019une d\u00e9monstration t\u00e9m\u00e9raire. <em>\u00c0 <\/em>pr\u00e9sent<em> <\/em>il savait avec certitude que Nachiketa \u00e9tait suffisamment pr\u00e9par\u00e9 pour recevoir ce savoir et il lui dit : \u00ab Toi, \u00f4 Nachiketa, apr\u00e8s avoir soigneusement soupes\u00e9 tous les objets bien aim\u00e9s et attirants du d\u00e9sir qui \u00e9taient \u00e0 ta port\u00e9e, tu y as renonc\u00e9. Tu ne t\u2019es pas aventur\u00e9 sur le chemin du penchant stupide pour la richesse par laquelle tant de gens se noient. Puissions-nous toujours trouver des chercheurs comme toi. \u00bb Sur ce, il enseigna finalement Nachiketa avec ces mots : \u00ab Qui, par sa propre m\u00e9ditation Le connait en tant que Dieu &#8211; Celui qui \u00e0 peine visible tr\u00f4ne dans le secret, Celui qui vit dans le silence, Qui habite dans les profondeurs &#8211; ce sage-l\u00e0 abandonne la souffrance et la joie derri\u00e8re lui. Plus petite que petite, plus grande que grande est l\u2019essence divine habitant dans le coeur de la cr\u00e9ature. Celui qui est libre du d\u00e9sir, lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance, contemple sa b\u00e9atitude par la gr\u00e2ce du Cr\u00e9ateur. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne peut en \u00eatre autrement, Yama se vit oblig\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler la plus haute Connaissance \u00e0 Nachiketa :<\/p>\n<p>\u00ab Ce soi immortel ne se trouve pas dans l\u2019\u00e9tude ou par la seule pens\u00e9e, ni par le fait d\u2019en parler, d\u2019\u00e9couter ou d\u2019entendre. \u00c0 celui qui ne connait rien d\u2019autre que le d\u00e9sir du soi, \u00e0 celui-l\u00e0, le soi divin se montre dans sa nature sublime. Trouver ce soi exige du chercheur de v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9vouement absolu et orientation unique vers ce but. Celui qui se donne enti\u00e8rement \u00e0 ce seul point sait avec une absolue certitude que le soi immortel vit profond\u00e9ment en lui. Celui qui trouve le soi divin dans son propre coeur, trouve en lui-m\u00eame le repos et la paix qu\u2019il cherche, il voit le soi le plus \u00e9lev\u00e9 en tout ce qui vit et remue ; en servant ce soi, il s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le Tout divin. \u00bb<\/p>\n<p>Le but est soi-m\u00eame, l\u2019\u00eatre int\u00e9rieur inconnaissable pour le moi. Lorsque le coeur de l\u2019homme parvient au repos, l\u2019\u00eatre se trouve lui-m\u00eame directement \u00e0 travers sa forme apparente relative. il ne peut en \u00eatre autrement car la fl\u00e8che et la cible ne sont pas s\u00e9par\u00e9es. Ainsi le seigneur de la mort apparait comme le grand sage int\u00e9rieur, une pierre de touche, mais en m\u00eame temps un ami sur le Chemin. Il est le cr\u00e9ateur et le destructeur. \u00ab En cr\u00e9ant et en d\u00e9truisant \u00bb, cela signifie que dans le monde dont parle Herm\u00e8s dans la citation d\u2019introduction, tout est toujours nouveau. Il n\u2019en est pas ainsi dans l\u2019existence qui nous est connue. Nous sommes pour ainsi dire des incidents cristallis\u00e9s dans la mouvance \u00e9ternelle. C\u2019est la raison pour laquelle la force dans le microcosme, par son double aspect destructeur et r\u00e9v\u00e9lateur offre \u00e0 l\u2019\u00eatre spirituel en nous \u00e0 chaque fois une nouvelle chance, afin que le grand processus de la transfiguration puisse se produire r\u00e9ellement. \u00ab La Mort \u00bb, comme le dit Herm\u00e8s, \u00ab attire l\u2019attention sur le d\u00e9clin et la disparition ; cependant rien de ce qui est dans l\u2019univers n\u2019est d\u00e9truit ! \u00bb Seul ce qui est compos\u00e9 se transforme \u00e0 nouveau en se d\u00e9-composant. Notre \u00eatre v\u00e9ritable n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un assemblage, il vit par-del\u00e0 la mort et toujours se renouvelle.<\/p>\n<p>Si nous retournons maintenant vers notre mort corporelle, alors la question qui pourrait surgir est la suivante : mais est-ce que cela signifie que nous n\u2019avons plus de tristesse lorsqu\u2019un \u00eatre cher nous quitte ? Bien s\u00fbr qu\u2019il y a de la tristesse ! \u00ab Aimer \u00bb et \u00ab \u00eatre triste \u00e0 cause de \u00bb sont des \u00e9tats qui existent ni plus ni moins. Les liens \u00e9nerg\u00e9tiques entre le d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et nous sont bris\u00e9s ; ils ont tous eux aussi leur propre moment de dissolution. Ces liens bris\u00e9s sont comme une blessure et ont besoin de temps pour pouvoir se retirer en nous et gu\u00e9rir.<\/p>\n<p>\u00ab Aimer quelqu\u2019un ou quelque chose \u00bb et la \u00ab tristesse de perdre quelqu\u2019un ou quelque chose \u00bb sont de v\u00e9ritables processus qui ont leur place dans le relatif. Notre \u00eatre toutefois se situe en dehors du relatif et du compos\u00e9 et voit dans l\u2019amour toute chose qui apparait et disparait. L\u2019\u00e2me sait que le grand manque ne peut \u00eatre combl\u00e9 par un autre mais seulement par l\u2019Autre, l\u2019\u00eatre essentiel non relatif. \u00bb<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte est totalement th\u00e9rapeutique et vivifiante. Ainsi se termine l\u2019histoire de Yama et de Nachiketa dans la Katha Upanishad. Il est inscrit : \u00ab Cet Autre en nous, cet \u00eatre est comme le feu sans fum\u00e9e. Il habite profond\u00e9ment cach\u00e9 en chaque homme, dans la cavit\u00e9 du coeur. Il est maitre du temps, du pr\u00e9sent, de l\u2019avenir et du pass\u00e9. Il est inchang\u00e9, toujours pareil ; et tout ce qui est est Cela. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le \u00ab non savoir \u00bb, cette \u00ab disposition \u00e0 mourir \u00bb Nachiketa trouva en lui-m\u00eame Brahma, l\u2019Unique, et fut d\u00e9livr\u00e9 des passions et de la mort.<\/p>\n","protected":false},"author":936,"featured_media":2091,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[],"category_":[110103],"tags_english_":[],"class_list":["post-88451","logon_article","type-logon_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category_-spiritsoul-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article\/88451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/logon_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/936"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2091"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=88451"},{"taxonomy":"category_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category_?post=88451"},{"taxonomy":"tags_english_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags_english_?post=88451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}