{"id":129924,"date":"2026-09-18T10:58:28","date_gmt":"2026-09-18T10:58:28","guid":{"rendered":"https:\/\/logon.media\/?post_type=logon_article&#038;p=129924"},"modified":"2026-09-18T11:00:33","modified_gmt":"2026-09-18T11:00:33","slug":"le-mystere-de-la-vision","status":"publish","type":"logon_article","link":"https:\/\/logon.media\/fr\/logon_article\/le-mystere-de-la-vision\/","title":{"rendered":"Le myst\u00e8re de la vision"},"content":{"rendered":"<p>L\u2018escalier<em> le labyrinthe et le chemin au-del\u00e0 de la r\u00e9p\u00e9tition<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;artiste et graphiste n\u00e9erlandais M. C. Escher continue de fasciner aujourd&rsquo;hui encore, car elle nous invite \u00e0 regarder \u2013 puis \u00e0 regarder encore. Ses images se caract\u00e9risent par leur pr\u00e9cision, leur caract\u00e8re myst\u00e9rieux et une clart\u00e9 troublante. Elles semblent montrer un monde parfaitement ordonn\u00e9 et pourtant, d\u2019une certaine mani\u00e8re, impossible. Tout semble soigneusement construit, presque math\u00e9matique, mais plus on regarde, plus notre vision habituelle devient incertaine.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre la raison pour laquelle l\u2019art d\u2019Escher fascine encore aujourd\u2019hui. Ses images nous invitent \u00e0 regarder, puis \u00e0 regarder encore. Un escalier m\u00e8ne vers le haut, mais aussi vers le bas. Un b\u00e2timent semble solide, mais ne peut en r\u00e9alit\u00e9 pas exister ainsi. Les oiseaux se transforment en poissons, le jour fait place \u00e0 la nuit, des mains se dessinent mutuellement pour prendre vie, et des personnages \u00e9voluent dans des espaces architecturaux dont il semble impossible de s\u2019\u00e9chapper. Au premier abord, on peut sourire devant la finesse de l\u2019illusion. Mais si nous nous attardons un peu plus longtemps sur l\u2019image, une autre question se pose peu \u00e0 peu : Escher se contente-t-il de jouer avec l\u2019\u0153il, ou r\u00e9v\u00e8le-t-il quelque chose sur l\u2019\u00e9tat m\u00eame de la conscience humaine ?<\/p>\n<p>Son g\u00e9nie r\u00e9side en partie dans sa capacit\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re, avec une clart\u00e9 extraordinaire, les structures de la perception dans lesquelles nous vivons souvent sans le savoir. Ses univers sont ordonn\u00e9s, beaux, pr\u00e9cis et fascinants ; mais ils sont aussi ferm\u00e9s. Il y a du mouvement, mais souvent sans v\u00e9ritable lib\u00e9ration. Une transformation s\u2019op\u00e8re, mais pas toujours vers la libert\u00e9. L\u2019\u0153il est enchant\u00e9, mais aussi troubl\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re silencieuse.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui rend Escher particuli\u00e8rement int\u00e9ressant pour celui qui cherche. Son art ne commence pas par un enseignement. Il commence par le regard. Un enfant peut percevoir qu\u2019il se passe quelque chose d\u2019\u00e9trange dans l\u2019image. Un \u00e9tudiant en art peut admirer la ma\u00eetrise technique. Un math\u00e9maticien peut suivre la pr\u00e9cision de la structure. Mais celui qui cherche ressent peut-\u00eatre davantage encore : une parabole visuelle du monde dans lequel la conscience humaine \u00e9volue, se r\u00e9p\u00e8te, se transforme et aspire \u00e0 une autre possibilit\u00e9<\/p>\n<h3>L&rsquo;escalier et la roue<\/h3>\n<p>Cela appara\u00eet particuli\u00e8rement clairement dans les c\u00e9l\u00e8bres tableaux repr\u00e9sentant des escaliers. Dans des \u0153uvres telles que \u00ab Ascension et Descente \u00bb, des personnages \u00e9voluent en une procession r\u00e9guli\u00e8re. Ils montent et descendent, apparemment dans un but pr\u00e9cis, mais l&rsquo;escalier les ram\u00e8ne sans cesse au m\u00eame point. L&rsquo;image est simple, mais sa signification peut ouvrir la voie \u00e0 des r\u00e9flexions profondes.<\/p>\n<p>Les lecteurs qui souhaitent d\u00e9couvrir <a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/61281-ascending-and-descending\">\u00ab Ascending \u00bb et \u00ab Descending \u00bb les trouveront ici.<\/a><\/p>\n<p>L\u2019escalier semble promettre une ascension. Chaque marche sugg\u00e8re un progr\u00e8s. Mais la loi cach\u00e9e de la structure ram\u00e8ne les marcheurs l\u00e0 o\u00f9 ils ont commenc\u00e9. Ils avancent, mais ils n\u2019\u00e9chappent pas. Ils sont actifs, mais pas libres.<\/p>\n<p>On peut \u00e9galement y voir une m\u00e9taphore de l\u2019existence humaine ordinaire. Nous r\u00e9p\u00e9tons certains sch\u00e9mas, tant au niveau individuel que collectif. Nous sommes sans cesse entra\u00een\u00e9s dans les m\u00eames r\u00e9actions, les m\u00eames d\u00e9sirs, les m\u00eames peurs, les m\u00eames ambitions, les m\u00eames conflits et les m\u00eames espoirs. Les circonstances ext\u00e9rieures peuvent changer, mais le mouvement int\u00e9rieur reste souvent le m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses traditions spirituelles, ce mouvement r\u00e9p\u00e9titif est symbolis\u00e9 par la roue : le cycle de la naissance et de la mort, de l\u2019action et de sa cons\u00e9quence, de l\u2019attachement et du retour. Le mot \u00ab karma \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette cha\u00eene cach\u00e9e de causes et d\u2019effets. Ce n\u2019est pas une punition, mais une loi. Ce qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 compris, l\u00e2ch\u00e9 ou transform\u00e9 continue de nous lier au m\u00eame champ d\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Vu sous cet angle, l\u2019escalier d\u2019Escher devient une image frappante de la vie au sein du cycle ferm\u00e9 de la nature dialectique. Il montre l\u2019effort, le mouvement et un progr\u00e8s apparent, mais r\u00e9v\u00e8le aussi la r\u00e9p\u00e9tition plus profonde qui maintient l\u2019humanit\u00e9 prisonni\u00e8re du m\u00eame ordre d\u2019existence.<\/p>\n<p>Les personnages de l\u2019image poursuivent leur voyage circulaire. Ils ne s\u2019arr\u00eatent pas. Ils ne remettent pas en question l\u2019escalier. Ils ne se tournent pas vers l\u2019int\u00e9rieur. Mais le spectateur se trouve \u00e0 un autre endroit. Nous pouvons discerner le sch\u00e9ma. Nous pouvons discerner l\u2019enfermement. Nous pouvons percevoir que ce qui appara\u00eet comme une ascension n\u2019est pas encore une lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Cette prise de conscience est d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9but d\u2019une autre fa\u00e7on de voir.<\/p>\n<h3>Le labyrinthe des apparences<\/h3>\n<p>L\u2019escalier n\u2019est qu\u2019un exemple. Escher nous pr\u00e9sente sans cesse des univers qui semblent complets en eux-m\u00eames. Ils ont leur propre logique, leurs propres lois, leur propre beaut\u00e9. Mais plus nous les regardons, plus nous prenons conscience que quelque chose ne va pas tout \u00e0 fait. L\u2019\u0153il est invit\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans une structure qui semble convaincante. Pourtant, l\u2019esprit finit par d\u00e9couvrir qu\u2019elle ne peut s\u2019accorder avec la r\u00e9alit\u00e9 ordinaire.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 une partie de la fascination qu\u2019exerce Escher. Il ne nous montre pas le chaos. Il nous montre comment l\u2019ordre se transforme en labyrinthe. Ses images sont pr\u00e9cises, disciplin\u00e9es et magnifiquement agenc\u00e9es, mais elles nous m\u00e8nent souvent vers l\u2019impossible. Le spectateur p\u00e9n\u00e8tre dans un monde qui semble rationnel, pour finalement constater que la raison seule ne suffit pas \u00e0 le d\u00e9m\u00ealer.<\/p>\n<p>Les lecteurs qui souhaitent d\u00e9couvrir\u00a0 <a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/54256-relativity\">\u00ab Relativit\u00e9 \u00bb la trouveront ici.<\/a><\/p>\n<p>Cela rev\u00eat une signification spirituelle silencieuse. Le monde dans lequel nous vivons n\u2019est pas d\u00e9pourvu d\u2019ordre. La nature est r\u00e9gie par le rythme, les nombres, la croissance, la d\u00e9cadence, l\u2019attraction, la r\u00e9sistance, la naissance et la mort. La vie humaine aussi a ses sch\u00e9mas : famille, travail, aspiration, r\u00e9ussite, d\u00e9ception, souvenir, espoir. Beaucoup de ces \u00e9l\u00e9ments peuvent sembler sens\u00e9s, voire beaux. Mais si la question plus profonde n\u2019est pas pos\u00e9e, tout ce mouvement risque de rester enferm\u00e9 sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Escher nous aide \u00e0 le reconna\u00eetre sans alourdir la r\u00e9flexion. Ses univers visuels ne sont pas des prisons grossi\u00e8res. Ils sont \u00e9l\u00e9gants, intelligents et captivants. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela qu\u2019ils sont si puissants. Ils nous rappellent que le monde clos ne se pr\u00e9sente pas toujours sous la forme de t\u00e9n\u00e8bres ou de d\u00e9sordre. Il peut se manifester sous la forme de fascination, d\u2019intelligence, de beaut\u00e9, d\u2019ambition et m\u00eame d\u2019un progr\u00e8s apparent.<\/p>\n<p>En ce sens, le labyrinthe ne se trouve pas seulement \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de nous. Il r\u00e9side aussi dans notre fa\u00e7on de voir. Nous ne sommes peut-\u00eatre pas seulement prisonniers des circonstances, mais aussi des a priori avec lesquels nous les interpr\u00e9tons. Nous croyons nous d\u00e9placer librement, mais peut-\u00eatre suivons-nous n\u00e9anmoins les lignes d\u2019un sch\u00e9ma invisible. Nous croyons prendre des d\u00e9cisions, mais celles-ci d\u00e9coulent peut-\u00eatre d\u2019anciennes peurs, d\u2019aspirations, d\u2019attachements et d\u2019habitudes de conscience.<\/p>\n<p>Cette prise de conscience peut \u00eatre d\u00e9sagr\u00e9able, mais elle peut aussi \u00eatre bienveillante. Tant que le sch\u00e9ma reste invisible, nous continuons \u00e0 \u00e9voluer en son sein. Lorsqu\u2019il devient visible, une nouvelle possibilit\u00e9 s\u2019ouvre \u00e0 nous. Nous ne sommes peut-\u00eatre pas encore libres, mais nous avons commenc\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre la structure de notre manque de libert\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019art d\u2019Escher peut servir d\u2019\u00e9cole visuelle de la pleine conscience. Il forme l\u2019\u0153il \u00e0 remettre en question la premi\u00e8re impression que donnent les choses. Elle nous apprend \u00e0 marquer une pause avant d\u2019accepter ce qui semble \u00e9vident. Elle nous invite \u00e0 regarder \u00e0 nouveau et \u00e0 d\u00e9couvrir ainsi que le monde des apparences peut \u00eatre plus complexe, plus instable et plus limit\u00e9 que nous ne l\u2019avions d\u2019abord suppos\u00e9.<\/p>\n<p>Ces questions m\u00e8nent tout naturellement \u00e0 un autre grand th\u00e8me chez Escher : la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n<h3>M\u00e9tamorphose et transformation<\/h3>\n<p>Si l\u2019escalier nous transmet une image de r\u00e9p\u00e9tition, les \u0153uvres d\u2019Escher de la s\u00e9rie \u00ab M\u00e9tamorphose \u00bb offrent une image compl\u00e9mentaire : la transformation. Ici, le regard n\u2019est plus prisonnier d\u2019un seul cycle impossible. Il est guid\u00e9 \u00e0 travers une succession de changements progressifs, dans laquelle une forme se fond dans une autre et o\u00f9 le monde semble se d\u00e9ployer comme un processus continu de devenir.<\/p>\n<p>Dans \u00ab M\u00e9tamorphose I \u00bb, imprim\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1937, Escher prend pour point de d\u00e9part la ville c\u00f4ti\u00e8re italienne d\u2019Atrani. L\u2019architecture perd peu \u00e0 peu son aspect habituel pour se transformer en un motif compos\u00e9 de blocs tridimensionnels. Ces blocs se transforment \u00e0 leur tour et deviennent un motif en mosa\u00efque compos\u00e9 de figures anthropomorphes. Le monde reconnaissable est entr\u00e9 dans la g\u00e9om\u00e9trie ; la g\u00e9om\u00e9trie s&rsquo;est transform\u00e9e en formes vivantes. Un \u00e9tat c\u00e8de la place au suivant.<\/p>\n<p>Les lecteurs qui souhaitent d\u00e9couvrir <a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/54211-metamorphosis-i\">\u00ab M\u00e9tamorphose I \u00bb la trouveront ici.<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, cela semble tr\u00e8s diff\u00e9rent de l&rsquo;escalier. L&rsquo;escalier se r\u00e9p\u00e8te ; la \u00ab M\u00e9tamorphose \u00bb change. L\u2019escalier revient ; la \u00ab M\u00e9tamorphose \u00bb se d\u00e9ploie. L\u2019escalier v\u00e9hicule une impression de coh\u00e9sion ; la \u00ab M\u00e9tamorphose \u00bb sugg\u00e8re un mouvement d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre.<\/p>\n<p>Mais cela soul\u00e8ve une question spirituelle importante : tout changement est-il une v\u00e9ritable transformation ?<\/p>\n<p>Dans la vie quotidienne, le changement est omnipr\u00e9sent. L\u2019enfance fait place \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Une phase de la vie c\u00e8de la place \u00e0 une autre. Les convictions changent, les relations \u00e9voluent, les circonstances vont et viennent. Le corps change, la soci\u00e9t\u00e9 change, et le monde qui nous entoure change. Mais au-del\u00e0 de ces changements, le m\u00eame sch\u00e9ma profond peut persister. Une personne peut changer ext\u00e9rieurement tout en restant prisonni\u00e8re, int\u00e9rieurement, des m\u00eames peurs, d\u00e9sirs, r\u00e9actions et attachements.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le chemin spirituel ne parle pas seulement de changement, ni m\u00eame de transformation, mais de transfiguration. Chez les Rose-Croix, cette m\u00e9tamorphose profonde est comprise comme l\u2019\u00e9veil \u00e0 la conscience d\u2019un nouvel \u00e9tat de l\u2019\u00e2me. Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019une am\u00e9lioration psychologique, d\u2019un changement d\u2019opinion, d\u2019un affinement de la personnalit\u00e9 ou de l\u2019adoption d\u2019un langage plus spirituel. C\u2019est l\u2019\u00e9mergence progressive d\u2019un autre principe de vie chez l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Le papillon est souvent utilis\u00e9 comme symbole de ce myst\u00e8re. La chenille ne se contente pas de s\u2019am\u00e9liorer. Elle ne devient pas une chenille plus performante ni une version raffin\u00e9e de ce qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0. Elle subit une m\u00e9tamorphose compl\u00e8te et \u00e9merge sous une autre forme, avec un autre mouvement et un autre rapport au monde.<\/p>\n<p>En ce sens, la transfiguration n\u2019est pas une fuite de la vie, mais la r\u00e9alisation d\u2019une possibilit\u00e9 cach\u00e9e. Quelque chose s\u2019\u00e9veille qui n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019ancien cycle. Une nouvelle conscience de l\u2019\u00e2me commence \u00e0 se d\u00e9ployer, et avec elle, une autre orientation vers le monde, vers les autres et vers la source divine de la vie.<\/p>\n<p>Vue sous cet angle, la \u00ab M\u00e9tamorphose \u00bb d\u2019Escher devient bien plus qu\u2019un simple exercice d\u2019inventivit\u00e9 visuelle. Elle nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la diff\u00e9rence entre changement ext\u00e9rieur et renouveau int\u00e9rieur. Une forme au sein d\u2019un m\u00eame champ se transforme-t-elle en une autre ? Ou peut-il y avoir une m\u00e9tamorphose qui s\u2019ouvre sur un ordre tout \u00e0 fait diff\u00e9rent ?<\/p>\n<p>L\u2019image ne donne pas directement la r\u00e9ponse. Escher reste un artiste du paradoxe visuel, non pas un pr\u00eacheur de doctrine. Pourtant, son \u0153uvre nous pose la question avec une clart\u00e9 inhabituelle. Elle nous montre la beaut\u00e9 et le caract\u00e8re in\u00e9vitable du changement, tout en nous invitant \u00e0 nous demander si le changement suffit \u00e0 lui seul.<\/p>\n<p>L\u2019escalier nous dit que le mouvement n\u2019est pas encore une lib\u00e9ration. La m\u00e9tamorphose nous dit que le changement de forme n\u2019est pas encore une transfiguration. Entre ces deux prises de conscience, celui qui cherche commence \u00e0 comprendre quelque chose d\u2019essentiel : le chemin au-del\u00e0 de la r\u00e9p\u00e9tition ne se trouve ni par la simple poursuite du m\u00eame mouvement, ni par le remplacement d\u2019une forme de vie ext\u00e9rieure par une autre. Il exige l\u2019\u00e9veil d\u2019un nouvel \u00e9tat d\u2019\u00e2me \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que l\u2019image du papillon s\u2019av\u00e8re si utile. Elle ne nie pas la chenille ; elle r\u00e9v\u00e8le une possibilit\u00e9 cach\u00e9e en elle. Elle ne s\u2019\u00e9chappe pas par la force ; elle traverse un processus. Elle n\u2019embellit pas l\u2019ancienne vie ; elle entre dans une nouvelle.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l\u2019\u00eatre humain qui commence \u00e0 s\u2019\u00e9veiller ne rejette pas simplement le monde et ne se contente pas non plus de r\u00e9organiser ses conditions de vie ext\u00e9rieures. Un processus plus profond s\u2019engage : un d\u00e9tachement des anciens sch\u00e9mas, un l\u00e2cher-prise de ce qui retient, et un nouvel orientement vers la lumi\u00e8re. Ce qui n\u2019\u00e9tait autrefois per\u00e7u que comme une r\u00e9p\u00e9tition peut alors devenir une pr\u00e9paration. Ce qui n\u2019\u00e9tait autrefois qu\u2019un cycle ferm\u00e9 peut devenir le lieu o\u00f9 na\u00eet le d\u00e9sir de lib\u00e9ration.<\/p>\n<h3>G\u00e9om\u00e9trie, infini et monde ouvert<\/h3>\n<p>L\u2019art d\u2019Escher ne se limite pas \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition et \u00e0 la transformation. Il r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement une profonde fascination pour l\u2019ordre. Ses images se composent de sym\u00e9trie, de reflets, de rotations, de formes et de motifs entrelac\u00e9s qui semblent pouvoir se prolonger \u00e0 l\u2019infini. M\u00eame lorsque l\u2019image est impossible, sa construction est pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Sa rencontre avec les motifs mauresques de l\u2019Alhambra a rev\u00eatu une importance particuli\u00e8re. Les motifs abstraits, les r\u00e9p\u00e9titions g\u00e9om\u00e9triques et les formes imbriqu\u00e9es qu\u2019il y a observ\u00e9s ont contribu\u00e9 \u00e0 approfondir son int\u00e9r\u00eat pour les tessellations et la division du plan. Ces motifs n\u2019imitent pas la nature au sens habituel du terme. Ils r\u00e9v\u00e8lent une autre forme de nature : l\u2019ordre cach\u00e9 des proportions, du rythme et de la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>Les lecteurs qui souhaitent d\u00e9couvrir <a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/64579-circle-limit-iii\">\u00ab Circle Limit III \u00bb le trouveront ici.<\/a><\/p>\n<p>Pour celui qui est en qu\u00eate spirituelle, un tel ordre peut \u00eatre profond\u00e9ment inspirant. La g\u00e9om\u00e9trie est depuis longtemps associ\u00e9e \u00e0 la tentative d\u2019entrevoir une harmonie sup\u00e9rieure derri\u00e8re les apparences visibles. Le point, le cercle, le triangle, le carr\u00e9, l\u2019\u00e9toile, la spirale et le motif r\u00e9p\u00e9titif peuvent tous devenir des rep\u00e8res. Ils nous rappellent que le monde visible n\u2019est pas simplement un assemblage d\u2019\u00e9l\u00e9ments sans lien entre eux. Il existe une relation. Il existe une mesure. Il existe une loi.<\/p>\n<p>Mais Escher nous incite \u00e9galement \u00e0 la vigilance. L\u2019ordre en soi n\u2019est pas une lib\u00e9ration. Un motif peut \u00eatre beau tout en restant ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame. Un syst\u00e8me peut \u00eatre parfait tout en paraissant contraignant. La mosa\u00efque r\u00e9p\u00e9titive peut s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019infini, mais elle reste confin\u00e9e \u00e0 son propre plan. L\u2019infini peut \u00eatre merveilleux en ce sens, mais il peut aussi \u00e9voquer une succession sans fin, d\u00e9pourvue de lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Cette distinction est importante. L\u2019\u00e9ternel n\u2019est pas simplement l\u2019infini. Ce n\u2019est pas la poursuite d\u2019un m\u00eame mouvement pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, mais la pr\u00e9sence d\u2019un ordre tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. Les images d\u2019Escher nous aident \u00e0 percevoir cette diff\u00e9rence. Elles nous m\u00e8nent aux confins de l\u2019infini et nous invitent \u00e0 nous demander s\u2019il existe quelque chose au-del\u00e0.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que son art peut devenir un seuil. Il ne nous dit pas ce que nous devons croire. Il ne nous transmet aucune doctrine. Il nous invite \u00e0 regarder encore une fois. L\u2019escalier, le labyrinthe, la m\u00e9tamorphose, les motifs en mosa\u00efque, le b\u00e2timent impossible \u2013 chacun d\u2019entre eux devient une question pos\u00e9e \u00e0 la conscience.<\/p>\n<p>Dans quel genre de monde \u00e9voluons-nous ? Voyons-nous vraiment, ou ne faisons-nous que suivre les lignes d\u2019un motif h\u00e9rit\u00e9 ? Nous dirigeons-nous vers la libert\u00e9, ou tournons-nous une fois de plus autour de la m\u00eame roue cach\u00e9e ? Changeons-nous ext\u00e9rieurement, ou quelque chose de nouveau commence-t-il \u00e0 s\u2019\u00e9veiller en nous ?<\/p>\n<p>Escher ne r\u00e9pond pas \u00e0 ces questions \u00e0 notre place. Il nous laisse devant l\u2019image et nous invite \u00e0 y regarder \u00e0 nouveau. Et peut-\u00eatre que cela suffit. Car lorsque l\u2019\u0153il commence \u00e0 reconna\u00eetre le motif, le c\u0153ur commence peut-\u00eatre \u00e0 chercher le chemin qui se trouve au-del\u00e0. L\u2019escalier est toujours l\u00e0, le labyrinthe continue de tourner, les formes ne cessent de se transformer \u2013 mais quelque part au plus profond de celui qui cherche, une autre possibilit\u00e9 s\u2019\u00e9veille.<\/p>\n<p>Non pas un pas de plus sur ce m\u00eame escalier, mais le premier pressentiment d\u2019un autre chemin.<\/p>\n<h3>Contempler les \u0153uvres d\u2019art<\/h3>\n<p>Les lecteurs qui souhaitent contempler les \u0153uvres \u00e9voqu\u00e9es dans cet article les trouveront via le lien suivant de la <a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/\">National Gallery of Art<\/a>:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/61281-ascending-and-descending\">Ascending and Descending (1960)<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/54256-relativity\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Relativity (1953)\u2028<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/54211-metamorphosis-i\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Metamorphosis I\u201c (1937)\u2028<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.nga.gov\/artworks\/64579-circle-limit-iii\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Circle Limit III\u201c (1959)\u2028<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":923,"featured_media":129499,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[],"category_":[110064],"tags_english_":[],"class_list":["post-129924","logon_article","type-logon_article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category_-art-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article\/129924","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/logon_article"}],"about":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/logon_article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/923"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/129499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129924"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129924"},{"taxonomy":"category_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/category_?post=129924"},{"taxonomy":"tags_english_","embeddable":true,"href":"https:\/\/logon.media\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags_english_?post=129924"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}